Garantie d'origine électricité : 67 % non tracés
Garantie d'origine électricité en Belgique : qui l'émet, quelle preuve elle apporte, et pourquoi deux tiers du courant consommé au pays n'en portent aucune.
Une garantie d'origine est un certificat électronique émis par mégawattheure renouvelable injecté sur le réseau. Elle sert à prouver l'origine de l'électricité vendue, pas à la déplacer. En Belgique, quatre registres l'émettent, trois régulateurs la contrôlent, et deux tiers du courant consommé au pays n'en portent aucune.
Un certificat par mégawattheure, quatre registres belges
Le mécanisme tient en trois gestes. Un producteur injecte un mégawattheure renouvelable et reçoit un titre qui décrit cette unité : filière, puissance de l'installation, date de mise en service, période de production, soutien public éventuel. Le titre se vend séparément de l'électricité. Un fournisseur l'achète, puis l'annule auprès de l'autorité compétente pour justifier ce qu'il a vendu comme vert.
L'annulation est le moment qui compte. Tant qu'un certificat circule, il peut changer de mains ; une fois annulé, il est consommé et personne ne peut plus s'en réclamer. Toute la valeur du système repose sur cette unicité.
La Belgique compte quatre zones d'émission : la Wallonie, Bruxelles, la Flandre et une zone fédérale pour les parcs de la mer du Nord. En Wallonie, l'octroi relève du SPW Énergie depuis le 1er mai 2019, la CWaPE conservant la validation. À Bruxelles, BRUGEL calcule chaque mois le nombre exact de certificats que chaque fournisseur doit remettre, à partir des listes de codes EAN transmises par les fournisseurs et des consommations transmises par les gestionnaires de réseau. En Flandre, la VREG applique la même logique mensuelle.
Les registres sont interconnectés via le hub de l'Association of Issuing Bodies, association européenne dont BRUGEL est membre depuis 2008. Les certificats circulent donc entre vingt-sept pays et régions, sous le standard EECS et la norme européenne EN 16325. Un titre émis à Bergen se dépense aussi bien à Bastogne.
Deux tiers de l'électricité belge ne portent aucun certificat
Le chiffre n'apparaît sur aucune facture.
Dans son rapport sur les mix résiduels de l'année 2025, publié le 26 mai 2026, l'Association of Issuing Bodies chiffre la part de consommation belge non couverte par une annulation de garantie d'origine à 66,74 %. Rapportée aux 77,96 TWh consommés en Belgique cette année-là, la part tracée tombe à 25,9 TWh, contre 52 TWh qui ne le sont pas.
La moyenne européenne est nettement meilleure. Le même rapport établit que 49 % de la consommation électrique européenne a été explicitement tracée en 2025, un record, en hausse de six points. La Belgique en trace un tiers. Le pays se situe donc dans la moitié basse du classement, derrière la Suède, l'Allemagne, l'Irlande et les Pays-Bas, ces derniers ayant même basculé en régime de traçabilité intégrale avec l'Autriche et la Suisse.
Ce décalage n'est pas un défaut de contrôle. Il décrit une réalité commerciale simple : la majorité des contrats belges ne sont pas vendus comme verts, et ces contrats n'appellent donc aucune annulation de certificat. L'électricité qu'ils fournissent reçoit alors un mix par défaut, calculé pour éviter que le renouvelable déjà vendu à d'autres soit compté deux fois.
Que reçoit le client qui n'a pas d'offre verte ?
Le mix résiduel, et il ne ressemble ni au mix produit en Belgique ni à celui qui figure sur les factures vertes.
Le principe est comptable. On part de la production nationale, on retire tous les attributs déjà revendiqués par des certificats annulés, et le reste est réparti sur la consommation non tracée. Trois lectures de l'électricité belge coexistent donc pour la même année 2025.
| Indicateur 2025 | Mix de production belge | Mix fourni aux clients belges | Mix résiduel belge |
|---|---|---|---|
| Volume | 65,74 TWh | 77,96 TWh | 52,03 TWh |
| Renouvelable | 40,05 % | 47,35 % | 21,10 % |
| Nucléaire | 34,21 % | 29,33 % | 43,95 % |
| Fossile | 25,74 % | 23,33 % | 34,95 % |
| CO2 direct | 121,86 g/kWh | 114,13 g/kWh | 171,01 g/kWh |
| Déchets radioactifs | 0,92 mg/kWh | 0,79 mg/kWh | 1,19 mg/kWh |
Le ménage qui n'a jamais coché la case verte se voit donc attribuer 171 gCO2/kWh, soit 50 % de plus que la moyenne belge, et 1,19 mg de déchets hautement radioactifs par kilowattheure contre 0,79. Il n'a rien changé à sa consommation ni à son compteur. Le contenu déclaré de son électricité est simplement le résidu de ce que d'autres ont revendiqué.
L'hydraulique vendue aux Belges dépasse 26 fois leur production
C'est l'écart le plus spectaculaire du jeu de données, et il mérite d'être posé en clair.

La Belgique produit très peu d'électricité hydraulique : 0,44 % de sa production en 2025, soit environ 0,29 TWh sur 65,74. Le relief du pays n'offre rien d'autre, et cela n'a rien d'anormal. Sauf que le mix fourni aux clients belges, lui, affiche 9,91 % d'hydraulique, ce qui représente 7,73 TWh. Le rapport entre les deux est de 26,7.
La géothermie va plus loin encore. Production belge en 2025 : zéro. Part déclarée dans le mix fourni : 0,21 %, soit environ 164 GWh, à peu près la consommation annuelle de dix mille ménages. Aucun kilowattheure géothermique n'a été produit en Belgique cette année-là, et pourtant des clients belges en ont acheté.
Rien d'illégal là-dedans, et rien de caché non plus : c'est exactement le fonctionnement prévu par la directive. Un certificat norvégien, suisse ou autrichien vaut en Belgique ce qu'il vaut chez lui, et le droit européen impose aux États membres de le reconnaître. Le relevé bruxellois le montre à l'échelle d'une Région : en 2023, les certificats annulés à Bruxelles venaient pour 25,58 % de France, 19,13 % de l'entité fédérale et des parcs de la mer du Nord, 15,38 % de Flandre et 12,05 % de Norvège, avec plus de vingt origines différentes au total.
La garantie d'origine est donc un instrument de comptabilité européenne, pas une carte de provenance locale. Elle répond à la question « ce mégawattheure renouvelable a-t-il déjà été vendu à quelqu'un d'autre ». Elle ne répond pas à « d'où vient le courant qui alimente ma maison », et elle n'a jamais prétendu le faire.
Pourquoi le mix résiduel belge bouge-t-il autant ?
Parce qu'il est un solde, et qu'un solde varie plus vite que ses composantes.
Trois années suffisent à le voir. Le tableau ci-dessous reprend les mix résiduels belges publiés dans le rapport AIB sur les mix résiduels pour 2023, 2024 et 2025.
| Année de consommation | Renouvelable | Nucléaire | Fossile |
|---|---|---|---|
| 2023 | 0,0 % | 61,9 % | 38,1 % |
| 2024 | 18,1 % | 54,1 % | 27,9 % |
| 2025 | 21,1 % | 43,9 % | 35,0 % |
En 2023, le mix résiduel belge ne contenait aucun renouvelable. Tout le renouvelable disponible avait été absorbé par des certificats annulés, et ce qui restait aux contrats non verts était nucléaire et fossile à 100 %. Deux ans plus tard, le résidu contient plus d'un cinquième de renouvelable, pendant que la part nucléaire perd dix-huit points.
Un second mécanisme joue, et il est européen. Quand un pays exporte plus de certificats qu'il n'a d'attributs de production disponibles, le déficit est comblé par un pot commun, le European Attribute Mix, qui affichait en 2025 66,9 % de fossile et 468,4 gCO2/kWh. La Belgique était en déficit de 1,9 TWh cette année-là : une partie de ce que reçoivent les contrats belges non verts vient donc, comptablement, de centrales au charbon allemandes et polonaises.
L'AIB avertit d'ailleurs que ces variations ne se lisent pas naïvement. Les certificats vivent douze mois, les périodes de transaction retenues pour le calcul courent du 1er avril au 31 mars, et les données physiques suivent l'année civile : un certificat émis en février peut donc peser sur l'exercice précédent ou le suivant selon la date de sa transaction. Une partie du mouvement observé d'une année à l'autre relève de ce décalage de calendrier plutôt que d'un changement réel du marché. Le régulateur wallon publie pour cette raison le mix résiduel à côté du fuel mix régional, et non à sa place.
Comment lire sa propre ligne de fuel mix ?
L'affichage est obligatoire sur la facture annuelle de régularisation, et il porte sur l'année civile précédente. La mécanique de contrôle est décrite par la CWaPE : les fournisseurs déclarent chaque mois la liste de leurs clients verts avec le pourcentage contracté, les gestionnaires de réseau déclarent les consommations, le régulateur en déduit le nombre de certificats à annuler, puis valide le tout chaque trimestre sur la base du relevé d'annulation transmis par le SPW Énergie. Une régularisation annuelle rattrape les écarts.
Le contrôle est donc réel et documenté. Il porte sur une seule question : les certificats annulés couvrent-ils les volumes vendus comme verts. Cinq informations lui échappent, et ce sont souvent celles qui intéressent le lecteur.

- L'origine géographique des certificats annulés, publiée en agrégé par les régulateurs mais absente de la ligne de facture.
- La filière derrière le pourcentage vert, un mix à dominante biomasse solide et un mix à dominante éolienne s'affichant tous deux à 100 %.
- La production propre du fournisseur, qui peut être nulle sans que cela change une virgule au fuel mix.
- Les investissements du fournisseur dans de nouvelles capacités, qui ne relèvent d'aucune obligation de traçabilité.
- L'âge des installations sources, un barrage amorti depuis quarante ans émettant des certificats au même titre qu'un parc éolien mis en service l'an dernier.
Un indice se lit pourtant directement dans les tableaux publics, et il est plus parlant qu'un slogan. Dans le fuel mix wallon 2024, deux fournisseurs affichent exactement 18,07 % de renouvelable, 27,85 % de fossile et 54,08 % de nucléaire. Ces trois nombres sont, à la décimale près, le mix résiduel belge de la même année. Quand une ligne de fuel mix reproduit le mix résiduel, elle signale un portefeuille sans aucune annulation de certificat. Deux autres fournisseurs du tableau en sont à moins d'un point et demi.
L'inverse existe aussi, et il est plus courant qu'on ne le suppose. Dix fournisseurs du tableau wallon affichent 100,00 % de renouvelable, avec des volumes qui vont de 44 MWh pour l'un à 250 746 MWh pour un autre. Le pourcentage est identique, la réalité industrielle derrière ne l'est pas : une coopérative qui produit ce qu'elle vend et un négociant qui achète son courant sur le marché de gros avant de l'habiller de certificats obtiennent la même ligne sur la même facture. Le contrôle du régulateur porte sur le nombre de certificats annulés, et ce nombre est correct dans les deux cas.
Wallonie, Bruxelles, Flandre : trois validations, trois chiffres
La répartition des compétences produit trois lectures régionales que rien n'oblige à concorder, et qui ne concordent pas.
En Wallonie, la CWaPE publie le fuel mix fournisseur par fournisseur. Pour 2024, sur 19 949 085 MWh fournis, la Région affiche 49,38 % de renouvelable, 17,21 % de fossile et 33,41 % de nucléaire. L'écart avec le mix résiduel belge de la même année, 18,07 % de renouvelable, mesure exactement ce que les certificats annulés ont apporté.
En Flandre, la VREG publie le même exercice et retient 44,10 % de renouvelable pour l'électricité livrée en 2024. Le régulateur flamand impose aux fournisseurs une remise mensuelle de certificats avant toute vente en vert, et rend le fuel mix annuel obligatoire sur la facture.
À Bruxelles, BRUGEL ne compte que la fourniture purement renouvelable, en écartant les certificats issus de cogénération fossile. Sur cette base plus stricte, la part verte bruxelloise progresse depuis 2015 et se stabilise autour de 59 % depuis 2022. Les certificats annulés en 2023 y étaient éoliens à 52,32 %, hydrauliques à 24,48 % et biomasse solide à 14,49 %.
Trois chiffres, trois périmètres, trois millésimes. Un fournisseur actif partout peut donc afficher trois taux différents en toute rigueur, et un ménage qui déménage de Namur à Anvers change de référentiel sans changer de contrat.
La question que la garantie d'origine ne tranche pas
Le système fait bien ce pour quoi il a été conçu. Il empêche qu'un mégawattheure renouvelable soit vendu deux fois, il s'appuie sur des registres publics interconnectés, il est audité chaque trimestre par un régulateur, et le mix résiduel garantit que le compte tombe juste à l'échelle du continent. Comparé à l'autodéclaration qui prévalait avant, c'est un progrès considérable.
Il ne dit simplement rien sur l'addition de capacité renouvelable. Un fournisseur peut acheter sur le marché de gros, acquérir des certificats émis par une installation en service depuis trente ans, annuler ces certificats, et vendre en toute légalité une offre certifiée verte sans avoir financé un mégawatt supplémentaire. Le classement des fournisseurs par Greenpeace existe précisément pour répondre à cette autre question, en pondérant les investissements à 45 % de la note, l'origine de l'électricité fournie à 35 % et la chaleur verte à 20 %. Les deux instruments se complètent, ils ne se remplacent pas.
Pour comparer les offres disponibles chez vous et vérifier leur part verte contractuelle, notre comparateur d'électricité affiche les formules actives dans votre Région. Le tri entre production propre, certificats belges et certificats importés est détaillé dans notre article sur l'électricité verte et ses fournisseurs. La différence entre ce titre de traçabilité et le titre de soutien financier qui lui ressemble est traitée dans notre guide des certificats verts. Et pour l'équivalent côté gaz, avec son registre distinct et non encore relié au hub européen, voyez notre enquête sur le biométhane belge.

