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Gaz vert · Guide

Biométhane : combien il y en a dans le réseau belge

Biométhane en Belgique : 168 GWh injectés en Wallonie en 2024, 175 GWh en Flandre en 2025, le coût réel d'un MWh de gaz vert et la portée exacte du certificat.

Biométhane : combien il y en a dans le réseau belge

Le biométhane est du biogaz épuré jusqu'à 98 % de méthane, injectable tel quel dans le réseau de gaz existant. En 2024, la Wallonie en a injecté 168 GWh, par trois unités agricoles. La Flandre en a injecté 175 GWh en 2025, par onze installations. De quoi chauffer environ vingt mille ménages.

Combien de biométhane circule dans le réseau belge ?

Deux régulateurs publient le chiffre, chacun pour sa Région, et personne ne les met côte à côte.

Le Vlaamse Nutsregulator, successeur du VREG, a mis à jour sa carte d'injection le 9 mars 2026 : 175 000 MWh de biométhane ont rejoint le réseau de distribution flamand en 2025, par onze installations. La première injection flamande remonte à 2018, et le régulateur situe l'accélération à partir de 2023.

Côté wallon, le Panorama de la biométhanisation de Valbiom, relayé par Renouvelle le 20 mars 2026, donne 168 GWh injectés en 2024. La Région comptait alors 84 unités de biométhanisation, dont 59 agricoles et 32 micro-unités. Trois seulement injectent dans le réseau de gaz. Les autres brûlent leur biogaz sur place, en cogénération, pour 279 GWh d'électricité et 177 GWh de chaleur la même année, à partir de 1 149 760 tonnes de matières organiques.

À Bruxelles, aucune unité d'injection, aucun gisement agricole, et une offre de gaz vert qui repose donc entièrement sur des certificats achetés ailleurs.

RégionBiométhane injectéAnnée du relevéSites d'injectionÉquivalent ménages
Flandre175 GWh202511≈ 10 300
Wallonie168 GWh20243≈ 9 900
Bruxelles0202500

La dernière colonne est un calcul que nous avons fait le 9 septembre 2026 : les volumes injectés divisés par les 17 000 kWh que la CREG retient depuis le 1er avril 2022 comme consommation annuelle de référence d'un ménage chauffé au gaz. Environ vingt mille ménages pour le pays entier.

Un second rapport mérite d'être posé, parce qu'il prend l'intuition à contre-pied. La Flandre injecte davantage, mais avec onze sites : quinze à seize gigawattheures chacun. La Wallonie fait presque autant avec trois unités, soit cinquante-six gigawattheures par unité. Les points d'injection wallons sont en moyenne trois fois et demie plus gros que les flamands. La micro-unité à la ferme, image de marque de la filière, ne joue aucun rôle dans l'injection : elle fait de l'électricité et de la chaleur.

Le biogaz devient biométhane quand le CO2 en sort

Le gaz brut sort du digesteur à 50 ou 60 % de méthane. Le reste est du CO2, entre 30 et 50 %, de la vapeur d'eau, entre 5 et 10 %, et quelques composés indésirables dont le sulfure d'hydrogène, corrosif pour les installations.

L'épuration retire l'eau, puis le H2S, puis le CO2. Il reste un gaz à 98 % de méthane, au rendement de 85 à 99,9 %.

Le CO2 séparé, lui, part dans l'atmosphère : le capter et le purifier dépasse les moyens technico-financiers des unités belges.

Pourquoi un MWh de biométhane coûte près de trois fois le prix du gaz ?

Parce que la molécule est identique mais la chaîne de production n'a rien à voir. Une unité d'injection représente 15 à 20 millions d'euros d'investissement, à amortir sur quinze à vingt ans, auxquels s'ajoutent l'achat des intrants, la gestion du digestat, l'exploitation de l'épurateur et le raccordement.

Le résultat, chiffré par Valbiom dans son analyse de la filière du 13 mai 2025, tient en deux nombres qui ne se rencontrent pas.

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Le bon réflexe : comparer le coût annuel complet, pas seulement le prix du kWh.
Poste, par MWh injectéMontantQui le supporte
Coût de production du biométhane100 à 130 €le producteur
Prix de vente du gaz sur le réseau30 à 50 €le fournisseur, puis le client
Écart à combler50 à 100 €personne, sans mécanisme de soutien
Revenu du label de garantie d'origine wallon60 à 70 €un exploitant de cogénération au gaz fossile
Exploitation de la cabine d'injection (période tarifaire 2019-2023)1 €le producteur, ou 0 € s'il exploite la cabine lui-même

Rapporté au ménage de référence, l'ordre de grandeur devient parlant. Dix-sept mégawattheures par an, c'est un écart de production de 850 à 1 700 euros entre ce que coûte le biométhane et ce que rapporte le gaz vendu au prix du marché. Aucune offre commerciale belge ne facture ce surcoût, et aucune ne le pourrait : le client partirait.

Le poste qui pèse le plus lourd est l'intrant, et il varie énormément. Une tonne de matière agricole rend entre 15 et 100 normo-mètres cubes de biométhane selon son pouvoir méthanogène, l'ensilage de maïs et le fumier de volaille se situant tout en haut de la fourchette, les effluents liquides tout en bas. Un exploitant qui doit acheter sa matière, la transporter, puis évacuer son digestat travaille donc sur une marge très différente de celui qui la produit sur place.

Cette arithmétique explique aussi la taille des installations. Une unité qui vise l'injection doit être nettement plus grosse qu'une unité de cogénération, parce qu'elle porte en plus l'épurateur et le raccordement : en dessous d'un certain volume, l'amortissement ne passe jamais. Les trois sites wallons d'injection traitent chacun de l'ordre de cent mille tonnes de matières par an, quand une micro-unité agricole en traite quelques milliers.

D'où la question qui structure toute la filière. Si le consommateur ne paie pas la différence, qui la paie ?

En Wallonie, le biométhane du ménage est financé par une cogénération fossile

Le cadre date du 29 mars 2018. Il repose sur le label de garantie d'origine, un titre attribué trimestriellement par l'administration wallonne à raison d'un label par mégawattheure net injecté dans le réseau, comme le décrit la CWaPE dans sa page consacrée aux gaz issus de renouvelables.

Le mécanisme mérite d'être suivi jusqu'au bout, parce qu'il aboutit là où personne ne l'attend. Le producteur de biométhane reçoit ses labels, puis les revend, non pas à un fournisseur de gaz vert pour particuliers, mais à l'exploitant d'une unité de cogénération au gaz fossile, qui les utilise pour obtenir des certificats verts additionnels sur son électricité. Plus la cogénération fossile a besoin de certificats, plus le label vaut cher, et plus l'unité de biométhanisation devient viable. C'est cette boucle, et non la vente du gaz, qui apporte les 60 à 70 euros par mégawattheure qui manquaient.

La Région wallonne avait envisagé en 2016 un prix d'achat garanti, à l'image du système français. Elle y a renoncé en 2018, échaudée par la bulle des certificats verts du photovoltaïque, dont le site de l'énergie en Wallonie documente encore la gestion. Le choix se défend. Il a un effet secondaire rarement énoncé : la rentabilité d'une unité de biométhane wallonne dépend du prix d'un certificat vert électrique, donc d'un marché sur lequel le producteur de gaz n'a aucune prise.

Deux autres dispositions valent d'être connues du consommateur, parce qu'elles finissent sur sa facture. Les coûts d'installation de la cabine d'injection sont pris en charge par le gestionnaire de réseau de distribution, puis répercutés sur l'ensemble des utilisateurs. Et l'accès au réseau est prioritaire pour le gaz renouvelable, une fois le contrat de raccordement conclu.

Trois Régions, trois mécanismes, un seul registre national

La Flandre ne fonctionne pas comme la Wallonie. Le régulateur flamand attribue une garantie d'origine par mégawattheure de gaz renouvelable produit, après contrôle par Fluxys comme registrateur de production, et ces garanties s'échangent sur sa propre plateforme. Un producteur wallon et un producteur flamand n'ont donc ni le même titre, ni le même acheteur, ni le même prix.

Au-dessus des deux, il existe un dispositif national, et c'est le seul que le consommateur rencontre : le Registre du gaz vert, initiative de Gas.be. Il certifie la production, tient le compte des volumes et des intervenants, et permet d'utiliser la valeur verte du gaz indépendamment de son flux physique. Trois précisions y figurent, qu'aucune page commerciale ne reprend.

Le certificat de gaz vert belge est à visée strictement commerciale et n'ouvre droit à aucune subvention régionale ou nationale. Il ne peut pas non plus servir de preuve dans le système européen d'échange de quotas d'émission, contrairement à ce qui se pratique au Danemark et au Royaume-Uni. Enfin, le registre fait auditer chaque installation selon le modèle européen Biograce : l'émission moyenne ressort à 20 grammes de CO2 par kWh, soit 91,5 % de moins que le gaz fossile, et elle peut tomber à zéro, voire devenir négative, quand l'installation capte son CO2.

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Un certificat de gaz vert prouve-t-il que le gaz est belge ?

Non.

Le registre admet deux modes d'annulation, et l'écart entre les deux est tout le sujet. Dans le bilan massique, le certificat est explicitement affecté à un consommateur sur un point EAN précis, ce qui permet de démontrer qu'il n'a servi qu'une fois. Dans le mode négociable, dit book and claim, l'opérateur inscrit le certificat sans mentionner de consommateur, le commercialise librement, et le registre cesse de suivre le flux jusqu'à la consommation finale. Le bilan massique n'est obligatoire que pour l'usage carburant.

Le registre cherche aussi à se relier aux registres étrangers d'ERGaR, pour faciliter l'import et l'export de certificats. Un titre annulé pour votre contrat peut donc correspondre à du biométhane produit hors de Belgique, et un certificat belge peut partir chez un client étranger.

Rien de tout cela n'est frauduleux, et le registre le dit lui-même : le système existe précisément pour découpler la valeur verte du flux physique, puisqu'un réseau de gaz mélange tout et qu'il serait absurde de prétendre acheminer une molécule nommée jusqu'à un compteur. La nuance porte sur ce qu'on en déduit. Un certificat prouve qu'un volume équivalent a été produit et injecté quelque part, une date et une matière première à l'appui. Il ne prouve ni la localisation belge, ni le financement d'une installation nouvelle, ni l'unicité de son usage si l'annulation s'est faite en mode négociable, cette dernière responsabilité incombant à l'opérateur et au consommateur.

Cinq points à vérifier avant de signer une offre étiquetée verte, en septembre 2026 :

  • la part de biométhane dans le mix, en pourcentage, telle qu'elle figure dans les conditions particulières ;
  • le pays d'origine des certificats annulés pour votre compteur ;
  • la mention explicite d'une garantie d'origine biométhane, et non d'une compensation carbone, qui laisse le gaz fossile ;
  • le mode d'annulation retenu, bilan massique ou book and claim ;
  • la durée d'engagement, l'origine des certificats pouvant changer d'une année contractuelle à l'autre.

Le débat rejoint celui du vert de papier en électricité, que nous détaillons dans notre article sur les certificats verts et leur prix de rachat.

Lommel, Fleurus, Quévy : où se produit le biométhane belge

Le 26 mai 2025, Green Logix a injecté du biométhane directement dans le réseau de transport à haute pression de Fluxys, depuis Lommel, en Limbourg. C'était une première belge : jusque-là, toutes les injections passaient par un réseau de distribution. Les intrants sont des épluchures de pommes de terre, des déchets de chocolat et des boues organiques. L'installation peut envoyer 2 500 mètres cubes par heure et annonce l'équivalent de la consommation annuelle de gaz de 7 000 foyers, tout en démarrant à environ 60 % de sa capacité.

Un seul site limbourgeois, à pleine puissance, couvre donc à peu près sept dixièmes de ce que la Wallonie entière a injecté en 2024.

Les trois sites wallons sont à Frasnes-lez-Gosselies, à Quévy et à Fleurus. Ils tournent entre 600 et 800 normo-mètres cubes par heure et traitent quelque 300 000 tonnes de matières par an : déchets agroalimentaires, cultures dédiées, coproduits agricoles et effluents d'élevage. Le premier biométhane wallon avait été injecté dans le réseau d'ORES en octobre 2018, par Cinergie. En Flandre, Aquafin valorise les boues de station d'épuration et Verko des déchets organiques intercommunaux, ce que Gas.be documente installation par installation.

Reste le digestat, résidu du processus, riche en azote et en phosphore, épandu comme fertilisant. Il ferme la boucle, et il pose sa propre contrainte administrative : dès que les intrants ne viennent pas de la ferme, la législation sur le transport des déchets s'applique aussi à lui.

Le potentiel, enfin. Valbiom et Gas.be l'évaluent à 15,6 TWh par an pour la Belgique, concentré dans les prairies et les fermes d'élevage wallonnes. Rapporté aux 343 GWh que les deux Régions ont injectés sur leurs derniers exercices publiés, cela représente 2,2 % du gisement. Le plan REPowerEU vise 384 TWh de biométhane à l'échelle européenne d'ici 2030 ; la part belge correspondante serait de 6 TWh. Ni la Wallonie ni la Flandre n'ont fixé de trajectoire chiffrée pour y arriver, et c'est le principal frein que le secteur met en avant.

Pour un ménage, tout cela se joue au moment de la signature, pas au compteur. Notre comparateur de gaz vert affiche les offres disponibles par Région, notre guide des fournisseurs de gaz vert recense qui propose une composante biométhane, et notre guide de lecture de la facture de gaz montre où se logent les postes qui, eux, ne dépendent d'aucun certificat.

Questions fréquentes

Non. Le biogaz est le gaz brut qui sort du digesteur, à 50 ou 60 % de méthane, avec du CO2, de la vapeur d'eau et du sulfure d'hydrogène. Le biométhane est ce même gaz une fois épuré, à 98 % de méthane, aux spécifications du gaz fossile. Seul le second peut être injecté dans le réseau.

Non, et il n'y a rien à régler. La molécule est identique à celle du gaz naturel, les canalisations et le compteur restent les mêmes, et un réseau transporte de toute façon un mélange. L'entretien périodique de la chaudière reste obligatoire dans les trois Régions, biométhane ou pas.

Loin de là. Les 343 GWh injectés par la Flandre en 2025 et la Wallonie en 2024 équivalent à environ vingt mille ménages au profil de référence de la CREG. Valbiom et Gas.be estiment le potentiel belge à 15,6 TWh par an, soit environ quarante-cinq fois le volume actuellement injecté.

Pas nécessairement. Le Registre du gaz vert admet le mode négociable, dit book and claim, dans lequel le certificat est annulé sans être rattaché à un point de fourniture, et il travaille à le rendre échangeable avec les registres étrangers d'ERGaR. Seul le bilan massique rattache explicitement le certificat à un point EAN.

Camille M.

Analyste énergie — marché belge · Meilleur Fournisseur Énergie

Camille décortique les tarifs de l'énergie belge depuis 2019, d'abord en cabinet de conseil puis en indépendante, basée à Bruxelles. Chaque mois, elle compare les grilles d'Engie, Luminus, TotalEnergies, Mega, Octa+ et Bolt, et travaille à partir des paramètres indexés et des prix CREG plutôt que des communiqués des fournisseurs. Sa règle : aucun conseil sans le chiffre derrière. Elle traduit le jargon — tarif prosumer, terme capacitaire, heures creuses, accise — en décisions concrètes, et n'hésite pas à signaler quand un contrat « vert » n'a de vert que le nom, garanties d'origine à l'appui.

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