Certificats verts en Belgique : combien ils valent
Certificats verts en Belgique : le prix de rachat, les taux d'octroi bruxellois du 1er avril 2026, et pourquoi le même toit rapporte des milliers d'euros à Bruxelles et zéro en Wallonie.
Un certificat vert est un titre de soutien attribué à un producteur d'électricité renouvelable, revendable autour de 65 à 81 euros pièce. Bruxelles est aujourd'hui la seule Région belge qui en octroie encore aux nouvelles installations. En Wallonie et en Flandre, le mécanisme est fermé, et seuls les anciens producteurs continuent d'en percevoir.
Un certificat vert, c'est 217 kg de CO2 évités
Le principe tient en deux mouvements. D'un côté, un producteur d'électricité verte reçoit des certificats en fonction de ce qu'il produit. De l'autre, chaque fournisseur actif sur le marché est tenu de remettre chaque année un quota de certificats à l'autorité régionale, et il doit donc les acheter aux producteurs. Le prix se forme entre ces deux forces, puis se répercute sur la facture de tous les consommateurs.
L'unité de compte n'est pas le kilowattheure. À Bruxelles, BRUGEL attribue un certificat pour chaque tranche de 217 kg de CO2 évitée, ce chiffre étant le coefficient d'émission du gaz naturel de référence. Un producteur qui n'utilise aucun combustible, donc un panneau solaire, une éolienne ou une turbine hydraulique, part d'un taux d'octroi de base de 1,81 certificat par mégawattheure produit. Un coefficient multiplicateur vient ensuite corriger ce taux vers le haut ou vers le bas, selon la puissance de l'installation.
Ce coefficient n'est pas décoratif. Il est recalculé chaque année selon une formule inscrite dans l'arrêté bruxellois du 17 décembre 2015, et il poursuit un objectif unique : maintenir un temps de retour sur investissement de sept ans. Quand les panneaux deviennent moins chers, le coefficient baisse. Quand le prix de rachat de l'électricité injectée s'effondre, il remonte.
Combien vaut un certificat vert aujourd'hui ?
Deux prix coexistent, et l'écart entre eux est la première chose qu'un producteur devrait regarder.
Le premier est un plancher. Elia, le gestionnaire du réseau à haute tension, a l'obligation de racheter les certificats à 65 euros pièce, en Wallonie comme à Bruxelles. C'est un filet, pas une offre commerciale : le producteur qui l'active est certain d'être payé, et le certificat est ensuite annulé dans la base de données publique, ce qui retire de l'offre du marché.
Le second est le prix réel des transactions. Dans sa proposition 36 du 26 août 2025, BRUGEL publie la moyenne pondérée de toutes les transactions du premier semestre 2025 : 81,12 euros par certificat. Le même document donne le prix obtenu par les particuliers sur exactement la même période : 68,40 euros.
L'écart est de 12,72 euros, soit 19 %. Pour un ménage qui touche neuf certificats par an, cela représente environ 113 euros laissés sur la table chaque année, et près de 1 130 euros sur la durée d'éligibilité complète. Le régulateur ne commente pas ce décalage, mais il en tire une conséquence pratique : pour ses propres projections de rentabilité, il retient 70 euros par certificat, pas 81.
Bruxelles est la seule Région qui en octroie encore
Le ministre bruxellois de l'Énergie a adopté de nouveaux coefficients multiplicateurs, applicables aux installations photovoltaïques mises en service à partir du 1er avril 2026. Les installations déjà en service conservent leurs conditions pour toute leur période d'éligibilité, qui court sur dix ans.
Voici les taux relevés dans la proposition 36, catégorie par catégorie, avec l'évolution par rapport au régime précédent.
| Puissance de l'installation | Taux antérieur (CV/MWh) | Taux applicable au 01/04/2026 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Jusqu'à 5 kWc | 2,055 | 1,943 | -5 % |
| Plus de 5 à 36 kWc | 1,953 | 1,739 | -11 % |
| Plus de 36 à 100 kWc | 1,016 | 0,559 | -45 % |
| Plus de 100 à 250 kWc | 0,642 | 0 | -100 % |
| Plus de 250 kWc | 0,580 | 0 | -100 % |
La ligne du bas mérite qu'on s'y arrête. Au-delà de 100 kWc, BRUGEL constate que le temps de retour descend sous sept ans sans aucun soutien, et propose donc de le supprimer entièrement. Le régulateur l'écrit noir sur blanc dans ses conclusions. Une grande toiture industrielle bruxelloise mise en service après le 1er avril 2026 ne touchera plus rien.

Sous 5 kWc, la variation de 5 % reste inférieure au seuil de 10 % au-delà duquel l'arrêté oblige le ministre à agir. Le coefficient de cette catégorie pouvait donc être maintenu à 2,055, et l'arbitrage se lit dans l'arrêté ministériel plutôt que dans la proposition du régulateur. Vérifiez la valeur exacte auprès de BRUGEL avant de chiffrer un projet.
Le même toit de 6 kWc, trois Régions, trois résultats
Nous avons fait le calcul le 30 août 2026, sur une hypothèse volontairement identique partout : une toiture de 6 kWc, mise en service après le 1er avril 2026, sans stockage.
La productivité de référence retenue par BRUGEL pour la Région bruxelloise est de 850 kWh par kWc installé, valeur médiane observée sur les relevés de production entre 2012 et 2021. Six kilowatts-crête produisent donc environ 5 100 kWh, soit 5,1 MWh par an.
| Région | Taux d'octroi applicable | Certificats par an | Revenu annuel à 65 € | Sur 10 ans |
|---|---|---|---|---|
| Bruxelles | 1,739 CV/MWh | 8,9 | ≈ 577 € | ≈ 5 770 € |
| Wallonie | Aucun octroi depuis le 01/01/2024 | 0 | 0 € | 0 € |
| Flandre | Régime fermé au résidentiel | 0 | 0 € | 0 € |
Un même toit, une même orientation, une même facture d'installateur. À Uccle, il rapporte près de 5 800 euros de certificats sur dix ans. À Namur ou à Gand, rien. Le chiffre grimpe à environ 6 070 euros si le producteur bruxellois vend au prix moyen constaté chez les particuliers plutôt qu'au plancher d'Elia.
Cette asymétrie n'apparaît sur aucune brochure d'installateur, et elle explique pourquoi un devis conçu pour un client flamand devient trompeur dès qu'on le présente à un Bruxellois, dans un sens comme dans l'autre.
Que touche-t-on encore en Wallonie et en Flandre ?
Rien, pour une nouvelle installation domestique.
En Wallonie, les installations photovoltaïques raccordées au réseau depuis le 1er janvier 2024 ne reçoivent plus de certificats verts. Le soutien a été redirigé vers un tarif d'injection revalorisé, versé par le fournisseur sur l'électricité effectivement renvoyée sur le réseau. L'administration des certificats restants relève désormais du SPW Énergie et non plus de la CWaPE, changement d'interlocuteur qui déroute encore beaucoup de producteurs.
En Flandre, la fermeture est plus ancienne. Les installations de 10 kVA et moins mises en service après le 13 juin 2015 n'ouvrent plus aucun droit, et le régime a été définitivement soldé pour les nouveaux entrants. Les toitures posées avant 2013 gardent en revanche un soutien qui peut atteindre 450 euros par certificat, sur vingt ans au maximum, ce qui reste de loin le régime le plus généreux jamais accordé en Belgique.
Trois filières continuent malgré tout d'ouvrir un droit en Wallonie :
- les installations photovoltaïques antérieures aux dates de fermeture, jusqu'au terme de leur période d'octroi ;
- les toitures de plus de 10 kWc des secteurs tertiaire, agricole et industriel, ainsi que les grands ensembles résidentiels ;
- les autres filières renouvelables, éolien, hydraulique, biogaz, biomasse et cogénération de qualité.
De 16,80 € à 2,70 € par an : la bulle wallonne a fondu
Le certificat vert a aussi un coût, et il est supporté par tout le monde, panneaux ou pas.
En Wallonie, un nombre excessif de certificats avait été distribué aux premiers producteurs photovoltaïques. Le marché s'est retrouvé saturé, Elia a dû absorber le surplus à 65 euros pièce, et une ligne est apparue sur toutes les factures wallonnes pour financer ces rachats : la surcharge Elia. Le SPW la décrit comme une obligation de service public répercutée sur les prélèvements des utilisateurs du réseau.

Cette surcharge s'est effondrée en dix-huit mois. Les montants ci-dessous ont été confirmés par la CWaPE, pour une consommation domestique de référence de 3,5 MWh par an.
| Date d'application | Surcharge certificats verts | Coût annuel pour 3,5 MWh (HTVA) |
|---|---|---|
| Janvier 2025 | 4,80 €/MWh | 16,80 € |
| Mars 2025 | 2,80 €/MWh | 9,80 € |
| 1er janvier 2026 | 0,77 €/MWh | 2,70 € |
Divisé par six en un an. La baisse a d'ailleurs absorbé la hausse des tarifs de réseau haute tension : tout compris, la facture Elia est passée de 29,80 à 27,40 euros par MWh au 1er janvier 2026, soit environ neuf euros d'économie annuelle pour un ménage moyen.
La saga wallonne du photovoltaïque aura donc coûté cher pendant quinze ans, et ne pèse aujourd'hui presque plus rien. Elle explique en grande partie pourquoi la Région a fermé le robinet en 2024 plutôt que d'ajuster les taux, comme Bruxelles continue de le faire chaque année.
Faut-il vendre à Elia ou sur le marché ?
La question se pose uniquement à Bruxelles, et elle se tranche sur le compromis entre certitude et rendement.
Vendre à Elia garantit 65 euros et un paiement dans les 45 jours suivant la transmission du dossier. Vendre à un fournisseur ou passer par un intermédiaire peut rapporter davantage, jusqu'aux 81 euros de moyenne pondérée relevés par BRUGEL, mais rien n'oblige un acheteur à retenir votre lot, et le prix dépend du niveau des quotas de l'année.
Le piège est procédural, et il est irréversible. Si vous n'optez pas pour la vente à Elia au moment d'enregistrer votre relevé d'index, vous ne pourrez plus vendre à Elia les certificats issus de ce relevé. Le choix se fait au moment de l'encodage, pas après avoir vu les offres.
Quelques points à vérifier avant d'arbitrer :
- la date limite d'introduction du formulaire de vente auprès de BRUGEL, fixée au 30 avril de l'année en cours ;
- le nombre de certificats en portefeuille, un petit lot intéressant rarement un acheteur privé ;
- le niveau du quota imposé aux fournisseurs pour l'année, qui détermine leur appétit ;
- les éventuels frais d'intermédiation, qui peuvent effacer l'écart avec le prix garanti ;
- votre horizon de trésorerie, le marché privé étant plus lent et moins prévisible que le rachat public.
Certification, index et encodage : la mécanique administrative
Aucune production ne donne droit à quoi que ce soit tant que l'installation n'est pas certifiée. À Bruxelles, une installation de 36 kWc ou moins échappe à la visite d'un organisme certificateur agréé, mais le rapport RGIE établi lors de la mise en service doit impérativement mentionner l'index du compteur vert. Sans cette mention, le point de départ de la période de dix ans devient contestable, et des mois de production peuvent se perdre.
Ensuite, tout repose sur le relevé d'index, encodé par le producteur dans l'extranet du régulateur. C'est cet encodage qui déclenche l'octroi, et c'est au même moment que se fait le choix de vendre ou non à Elia.
Un dernier chiffre, tiré de la même proposition de BRUGEL et qui n'a rien à voir avec les certificats : en analysant les factures des installations certifiées en 2025, le régulateur a relevé un coût moyen de 1 488 euros par kWc sous 5 kWc et de 1 289 euros par kWc entre 5 et 36 kWc, avec des dossiers atteignant presque le triple du prix moyen sans justification plausible. Un régulateur qui recommande explicitement de comparer plusieurs devis, ce n'est pas courant, et cela vaut d'être répété.
Les certificats verts ne se choisissent pas, contrairement à votre contrat d'électricité : notre comparateur d'électricité affiche les offres disponibles dans votre Région, et notre guide de lecture de la facture détaille où se logent exactement les surcharges régionales. Si vous cherchez une offre alimentée en renouvelable plutôt qu'un mécanisme de soutien à la production, notre article sur l'électricité verte et ses fournisseurs fait le tri entre garanties d'origine et production réelle. Et pour l'arbitrage global d'un projet solaire, le guide des panneaux solaires par fournisseur reprend les primes régionales encore ouvertes.

